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L'estran, un écosystème sans pitié

Au cœur des grandes marées

L'estran, un écosystème sans pitié

Soleil, bronzage & surf ! La plage est le symbole des vacances. Mais c’est aussi un écosystème étonnant, tantôt recouvert par la mer puis exposé à l’air, et qui abrite une biodiversité foisonnante. Avec les marées, les espèces qui le peuplent doivent faire face à de brusques modifications de température, de salinité, et surtout d’humidité. Tour d'horizon de ces espèces étonnantes !

Cap sur l'estran !

L’estran correspond à la zone découverte par la marée ; on parle aussi de zone intertidale.
Le va-et-vient continu de la mer modifie profondément le milieu et oblige bien souvent la biodiversité à s’adapter à une vie à la fois marine et terrestre.

Face à ces changements importants, les espèces se sont réparties en fonction de leurs capacités d’adaptation et de leurs moyens de survie.
L’estran se divise en trois étages littoraux définis par la durée de leur émersion.

 

Etages littoraux
Les différents étages de l'estran (CC Triton)

Tout en haut de l’estran, l'étage supralittoral n’est recouvert par la mer que pendant de courtes périodes et uniquement lors des marées de pleines mers de vives-eaux. Si vous ne savez pas encore tout sur les marées, n'hésitez pas à lire cet article ! Elle est habitée par des espèces qui ne supportent que peu l’immersion et les changements de salinité. Parmi elles, l’armérie maritime ou œillet maritime (Armeria maritima), la criste marine (Crithmum maritimum) ainsi que de nombreux lichens présents sur l’ensemble du littoral atlantique.

 

L’étage médiolittoral, juste en dessous, subit quotidiennement immersion et émersion. Malgré ces conditions de vie particulièrement rudes, c’est l’un des étages les plus riches en espèces. C’est ici que vivent une grande partie des algues, crustacés et mollusques que nous connaissons bien. Le fucus vésiculeux (Fucus vesicolosis), l’ulve ou « laitue de mer » (Ulva lactuca), les spaghettis de mer (Nemalion helminthoïdes), le crabe vert (Carcinus menas), le bigorneau (Littorina littorea), la patelle commune (Patella vulgata), l’Anémone de mer ou « ortie de mer » (Anemonia sulcata) ou encore la moule comestible (Mytilus edulis)

Enfin, l'étage infralittoral n'est découvert que lors des marées basses de forte amplitude. À l’inverse de l’étage supralittoral, la vie qui y est présente supporte peu l’absence d’eau. Les êtres vivants qui le colonisent ont besoin d’une immersion continue, même si elles peuvent supporter une émersion pendant une courte période.
Progressivement, les fucus laissent la place aux algues rouges et aux laminaires. D’autres espèces comme les patelles ou chapeau chinois, les balanes, les anémones ainsi que des étoiles de mer y sont présentes.

Dangers à marée basse

Hormis quelques espèces d’insectes, on trouve essentiellement des organismes maritimes dans cet espace amphibie.

Des moules à marée basse
Des moules à marée basse (D.P. Mark A. Wilson)

Pour survivre dans ce milieu changeant, deux stratégies dominantes ont été adoptées. La première consiste à suivre le mouvement des marées en s’avançant et en se retirant en même temps que l’eau. C’est le cas des poissons.

La seconde consiste à s’adapter aux changements des conditions physiques liées à l’émersion. C’est ce qu’ont choisi les organismes fixes comme les algues, ou peu mobiles comme certains mollusques.

Ces animaux et végétaux ont évolué pour lutter contre la dessiccation (la perte d’humidité de leur corps), la différence de température entre l’air et l’eau, ou la modification rapide de la salinité. Ces espèces doivent également pouvoir faire face au vent lors de l’émersion et à la force des vagues quand la mer remonte.

Outre ces multiples stress physiologiques, cette biodiversité est plus facilement exposée à d’éventuels prédateurs marins (lorsque des proies sont piégées dans des flaques), mais aussi terrestres comme les oiseaux ou encore l’homme !

 

La stratégie du bigorneau

 

Des bigorneaux sur un rocher (CC Fritz Geller-Grimm)

Afin de survivre à ces conditions de vie extrêmes, plusieurs comportements et adaptations morphologiques sont apparus au cours de l’évolution. Certains mollusques bivalves comme les praires, les coques ou certains vers creusent un trou dans le sable et s’y enfouissent pour profiter de l’humidité résiduelle et se prémunir des prédateurs.
D’autres se protègent grâce à leurs coquilles. Le bigorneau par exemple, garde précieusement l’humidité en fermant sa coquille avec un opercule calcaire.

Quelques espèces se cachent dans des anfractuosités de rochers comme les étoiles de mer, les oursins et les crabes. Ou encore sous les algues encore humides ou dans des cuvettes d’eau de mer. La blennie, aussi appelée « baveuse », a la capacité de sécréter du mucus afin de garder son corps humide. Plusieurs espèces d’anémones comme les actinies rétractent leurs tentacules pour limiter la perte d’eau.

Pour ne pas être emportés par les vagues, certains bivalves comme les moules et les pétoncles sécrètent un liquide qui forme des filaments (ou byssus) au contact de l’eau de mer. Cet ensemble de filaments leur permet d’être parfaitement attachés à leur support.

D’autres organismes ont subi une modification anatomique. Les nageoires ventrales du gobie et du porte-écuelle se sont modifiées en ventouse.
Les oursins et les étoiles de mer peuvent se déplacer et se fixer aux rochers à l’aide de leurs pieds « ambulacraires ».

Un mordocet sur une plage des Pays-Bas
Un mordocet sur une plage des Pays-Bas (CC Theo Modder)

Enfin, des espèces possèdent des systèmes de respirations secondaires. Par exemple, le petit bigorneau (Littorina littorea) qui fréquente l’étage supralittoral possède une cavité faisant office de poumons primitifs à marée basse. Le mordocet (lipophrys pholis), poisson de l’estran, peut avaler de l’air et le transférer dans son œsophage richement vascularisé. De nombreux autres organismes sont capables de respirer avec leur peau. C’est le cas de l’anguille ou de la gonelle (Pholis gunnellus).

 

 

Ironie du sort, certains organismes se sont si bien adaptés à l’émersion qu’elle leur est devenue indispensable pour vivre. Les fucus meurent s’ils sont immergés trop longtemps ; les bigorneaux se noient en cas d’immersion prolongée.
Cependant, le retour périodique de l’eau leur reste indispensable pour se reproduire ou s’alimenter.

Le 21 mars 2015 aura lieu l'une des plus importantes marées du siècle. L'occasion de partir à la découverte de cet écosystème et de ses habitants ! Partagez avec nous cette aventure en nous envoyant vos témoignages, photos ou vidéos. Les meilleures contributions seront publiées dans un livre numérique inédit, téléchargeable gratuitement le soir de l'émission du 27 mars.

Pour en savoir plus sur les grandes marées, découvrez notre dossier.

 

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