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Le Pitch Cinéma du 22 mars

Émission du 22/03/2017

Sommaire

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    Le Pitch Cinéma du 22 mars

    SAGE FEMME de Martin Provost
    Avec Catherine Frot, Catherine Deneuve et Olivier Gourmet.

     

    Claire est la droiture même. Sage-femme, elle a voué sa vie aux autres. Déjà préoccupée par la fermeture prochaine de sa maternité, elle voit sa vie bouleversée par le retour de Béatrice, ancienne maîtresse de son père disparu, femme fantasque et égoïste, son exacte opposée.

    La relation entre les deux héroïnes n'est pas sans rappeler la célèbre fable de Jean de la Fontaine, 

    « La Cigale et la Fourmi ». Une référence totalement assumée par Martin Provost : « Pour moi, le film est une fable, mais une fable plus douce que celle de La Fontaine, que je trouve terrifiante, une fable dans laquelle j’essaie de dire que nous nous devons tous d’être à la fois un peu cigale et fourmi. Tout oppose Claire et Béatrice, mais peu à peu, cette opposition devient source de complémentarité, d’échange, de sagesse ».

    Le réalisateur avoue avoir écrit ce film pour les trois acteurs présents: « J’avais déjà sollicité Catherine Frot pour jouer Simone de Beauvoir dans ‘Violette’, mais elle avait refusé le rôle. Elle est revenue vers moi après avoir vu le film en me disant qu’elle regrettait. Sa franchise m’a ému, je l’ai gardée en tête. Et quand l’idée du film est née, je l’ai vue, comme je vous vois, penchée en avant sur moi dans sa blouse rose, comme si elle était en train de me mettre au monde. A partir de là, tout s’est fait très naturellement. Qui d’autre que Catherine Deneuve pouvait incarner Béatrice ? Son existence seule me rend heureux. Elle semble au-dessus des lois. Quant à Olivier Gourmet j’avais déjà travaillé avec lui dans ‘Violette’ et j’étais certain qu’il formerait un couple idéal avec Catherine Frot. Et nous avions autant envie l’un que l’autre de nous retrouver. J’ai donc écrit mon scénario en pensant à eux trois. Je viens du théâtre et c’est important pour moi d’avoir en tête les comédiens pour qui j’écris. J’entends leurs voix. C’est presque du sur mesure. »

    On peut voir de vrais accouchements auxquels Catherine Frot a réellement participé dans « Sage Femme » : « Dans les films, trop souvent, les bébés qui naissent sont énormes et trop bien portants, ça sonne très faux ! Je voulais filmer la vie en vrai, l’essence même de la vie, ce par quoi nous sommes tous passés et non sa représentation plus ou moins édulcorée. Pour cela, nous avons dû tourner ces scènes en Belgique car la loi française ne permet pas de tourner avec des bébés de moins de trois mois. Ce fut un travail long et complexe : il a fallu trouver des femmes qui venaient de tomber enceintes et qui acceptent que leur accouchement soit filmé six mois plus tard, trouver des maternités qui nous autorisent à le faire. Catherine Frot a suivi une formation. Elle a assisté à des accouchements en amont du tournage, y a participé ». Six accouchements ont ainsi été filmés en direct.
    Catherine Frot revient sur cette expérience inhabituelle pour une actrice : « L’idée de ce labeur aussi émouvant soit-il n’était pas anodine. J’ai finalement accepté car je savais que c’était partie intégrante du projet que me proposait Martin. J’ai donc procédé par étapes. J’ai d’abord demandé à assister à des accouchements afin de savoir si je pourrais éventuellement avoir des gestes appropriés. J’ai réalisé que tout ça était finalement très naturel, très normal. J’ai pris ensuite des cours avec une ancienne sage-femme qui m’a fait répéter sur des mannequins ».

    Pour les besoins du film, Catherine Deneuve a appris à jouer à la « Marseillaise », un jeu de cartes inventé dans les prisons de Marseille. « Je savais par des connaissances proches qu’il existait encore des endroits à Paris où l’on joue à ce jeu (...), et cela de manière tout à fait illégale. Il s’agit d’un jeu de cartes assez simple qui permet de miser et de parier gros tant pour les joueurs que pour les spectateurs qui assistent à la partie. Cela sert clairement à blanchir de l’argent », explique Martin Provost. Les équipes ont ainsi reconstitué des salles de jeu et la police a mis de véritables joueurs en relation avec l'actrice : « Je me souviens qu’ils l’appelaient ‘Madame Catherine’ et ils ont eu un mal fou à dire finalement ‘Béatrice’. Ils sont plus vrais que nature », s'amuse le réalisateur.

     

    LONDON HOUSE de David Farr
    Avec Clémence Poésy, Stephen Campbell Moore, David Morrissey et Laura Birn.

     

    Dans un quartier résidentiel de Londres, Kate et Justin, trentenaires bientôt parents, occupent un grand appartement au premier étage d’une belle maison bourgeoise. Lorsque Thérésa et Jon, un couple aisé également dans l’attente d’un enfant, emménagent dans l’appartement du rez-de-chaussée, les deux couples se lient d'amitié.  Kate est fascinée par Thérésa mais au fil d'événements troublants, elle est envahie par un sentiment d’inquiétude qui va se transformer en un véritable cauchemar.

    « London House » est le premier long-métrage de David Farr.

    « London House » est un thriller utilisant les codes du suspens. La question de la relation à l’enfant est au centre du film : « Avoir un enfant est une des choses les plus naturelles et pourtant cela nous fait souvent perdre un certain contrôle dans nos vies. Dans le film, cela provoque une extraordinaire tempête psychologique (…) Le film explore particulièrement la question de l’anxiété qui dévore, détruit et peut vous rendre sensible à des pulsions de terreur. L’angoisse peut être terrible et profondément insidieuse »

    Le cinéaste nous livre ses impressions sur le casting : « Clémence (Poésy) est une actrice vraiment excellente. Je n’ai jamais travaillé avec quelqu’un qui soit aussi douée dans l’observation et la capacité à recevoir. Clémence est naturellement extrêmement juste. Une chose assez inhabituelle pour une actrice, elle ne cherche pas à être le centre de l’attention, elle aurait plutôt tendance à se retirer dans l’ombre. Elle n’est pas obsédée par la démonstration, elle a un caractère réservé. Je trouve cette retenue magnifique. J’avais besoin que le jeu soit apaisé et sincère.

    Laura Birn (Theresa) possède une personnalité charismatique et très séduisante. Mais elle peut aussi changer de facette d’une minute à l’autre. Elle sait être un vrai caméléon. C’est vraiment excitant, parce qu’il fallait quelqu’un qui soit capable de tous ces changements dans le personnage et qui soit totalement crédible.

    David Morrissey (Jon) peut paraître sympathique mais aussi très dangereux. Il peut facilement faire surgir des émotions sombres. J’aime le voir jouer autre chose que le chic type, parce qu’il a beaucoup d’autorité. Quant à Stephen Campbell Moore (Justin), il a un rôle très important dans le film qu’il a interprété avec beaucoup de subtilité et d’honnêteté. En fait, les quatre comédiens ont un accès facile à des émotions profondes. Ils peuvent tous pénétrer des zones de danger et de cruauté très rapidement. C’est ce que les comédiens doivent posséder. Je ne peux pas leur donner cette qualité. Je peux jouer avec ça, mais aucun réalisateur au monde ne peut créer cela chez un acteur. »

    Concernant son choix en matière de cinématographie, David Farr s’explique : « Nous avons utilisé une caméra à l’épaule par moments, quand c’était vraiment justifié, quand il y a des moments de terreur et d’anxiété ou une action qui nous emmène quelque part. Au final, il y a un peu plus de caméra à l’épaule que je l’avais imaginé au départ. Mais il y a de nombreuses scènes où la photo est très contrôlée, et presque contrainte. Il y a des plans larges où nous avons laissé l’espace composer l’image. La photographie du film est un mélange en ce sens. Le passage d’un espace large à une image serrée, confinée, aide à créer un sentiment d’inquiétude et d’angoisse. »

     

    ** BONUS **

     

    FANTASTIC BIRTHDAY  de Rosemary Myers
    Avec Bethany Whitmore, Harrison Feldman et Eamon Farren.

     

    Greta Driscoll, jeune fille introvertie, est en passe de franchir le cap de ses 15 ans. Seule ombre au tableau : elle ne veut pas quitter le monde douillet et rassurant de l’enfance, une bulle dans laquelle elle s’enferme avec son seul ami au collège, Elliott. Quand ses parents lui annoncent l’organisation d’une grande fête pour son anniversaire, elle est prise de panique. Le grand soir, elle va basculer dans un univers parallèle un peu effrayant et complètement absurde dans lequel elle va devoir affronter ses peurs pour pouvoir se trouver et aborder autrement cette nouvelle ère.

    « Fantastic birthday » est le premier long-métrage de Rosemary Myers.

    La réalisatrice Rosemary Myers, le scénographe Jonathon Oxlade et le scénariste Matthew Whittet viennent tous les trois du monde du théâtre et ont monté de nombreuses pièces centrées sur l’adolescence. La première précise : « Nous adorons aussi les contes de fées, notamment ‘La Belle au Bois Dormant’ ! En développant ce travail sur cette période de la vie, nous avons créé un certain style, une voix théâtrale qui nous représente tous les trois. Nous avons été approchés par une association assez incroyable, ‘The Hive’ (La Ruche), qui offrait à des artistes venus d’univers variés l’opportunité de travailler dans un atelier de cinéma. ‘Nous aimerions montrer au cinéma cette univers que vous avez créé au théâtre’. Nous avons répondu que nous mettions en place la pièce d’abord, mais que nous ferions le film dans la foulée (…) La pièce nous a été utile pour tester la force du texte, en observant chaque soir les spec­tateurs, en saisissant la manière dont il était perçu et compris. Quand nous sommes pas­sés à l’étape du storyboard, nous avons donc pu l’améliorer facilement. La réalisation d’un film est un processus tout à fait différent du théâtre. On ne peut pas se permettre de conti­nuer à chercher, à improviser, il faut que tout soit prêt le jour du tournage. Nous sommes ha­bitués à résoudre des problèmes et construire un monde en temps réel. Nous avons dû ap­prendre à résoudre d’autres problèmes avec le médium cinématographique, mais nous y avons pris beaucoup de plaisir.

    Etrangement, notre théâtre fait beaucoup référence au cinéma, et nous voulions garder une certaine théâtralité dans notre film. »

    Rosemary Myers qui a fait toute sa carrière dans le théâtre explique les raisons qui l’ont poussé à réaliser un film : « Je me suis toujours dit que réaliser un film devait être quelque chose de formidable. Quand vous passez vingt ans à créer des pièces de théâtre, vous prenez conscience de leur ca­ractère très éphémère. Elles vont et viennent. Avec ‘Fantastic birthday‘, nous avons un film qui durera toujours, que nous pourrons revoir. Certaines de nos pièces partent en tour­née, continuent d’être jouées quelques années, puis disparaissent. On peut en avoir une capta­tion vidéo, mais ce n’est vraiment pas la même chose. Le film, nous pourrons le montrer à nos petits-enfants ! »

    L'histoire du film possède un côté intemporel mais Rosemary Myers a tout de même choisi de l'ancrer dans les années 1970. La réalisatrice justifie son choix : « Comme il s’agissait d’une histoire de fille, nous trouvions intéressant de la transposer dans les années 70 car c’est une époque très par­ticulière pour une jeune fille en Australie. Le film parle beaucoup du deuil, de cette enfance perdue à laquelle on veut s’accrocher, mais également du rôle décroissant des parents, qui perdent leurs enfants qui grandissent. Au su­jet de la mère justement, les années 70 repré­sentent une grande libération de la femme en Australie, une nouvelle vision du parcours de vie féminin. La mère est une femme au foyer de cette époque, en totale opposition avec la soeur de Greta, Genevieve, qui, elle, va véritablement tracer sa propre route. Pour une jeune fille comme Greta qui prend peu à peu conscience qu’elle entre dans le monde adulte et doit se définir en tant que telle, la question de la re­présentation féminine est essentielle. Le fait est qu’aussi nous aimons tout simple­ment cette époque, et la musique qu’elle a fait naître. C’est l’époque à laquelle je suis née, mais j’ai fait en sorte qu’elle puisse être com­prise par les jeunes d’aujourd’hui, et je pense que c’est justement ce qui rend cette expérience universelle et cette époque si particulière, on ne se laisse pas distraire par la profusion contemporaine. Au début du développement, et vu les coûts, notre producteur nous a dit : ‘On va peut-être devoir abandonner les an­nées 70’. Nous ne voulions pas laisser tomber, les relations et rapports entre personnages ne seraient pas du tout les mêmes dans un film se déroulant aujourd’hui. Les réseaux sociaux n’existaient pas, et il y avait sans aucun doute beaucoup plus d’innocence. »

    Pour être en parfait accord avec les années 70, la réalisatrice a fait le choix de filmer en ratio image 1:33, un format souvent utilisé à l’époque. Par ailleurs, la cinéaste et son équipe ont regardé beaucoup de photographies des années 1970 pour choisir la palette colorimétrique du film.

     

    BRIMSTONE  de Martin Koolhoven
    Avec Dakota Fanning, Guy Pearce et Kit Harington.

    Ce film est interdit en salles aux moins de 16 ans

     

    Dans l’Ouest américain, à la fin du XIX siècle. Liz, une jeune femme d’une vingtaine d’années, mène une vie paisible auprès de sa famille.
    Mais sa vie va basculer le jour où un sinistre prêcheur leur rend visite. Liz devra prendre la fuite face à cet homme qui la traque sans répit depuis l’enfance…

    C’est en 2010 que tout a commencé. Le cinéaste souhaitait réaliser un western et s’est donc attelé à réécrire un scénario qu'il avait acheté avec son équipe. Mais cela ne fonctionnait pas. Il a donc décidé d'écrire un western original et personnel et c'est ainsi que « Brimstone » est né.

    Le film s'intéresse au traitement des femmes à l'époque du grand Ouest américain, au 19ème siècle.

    Ce sujet fascine le réalisateur Martin Koolhoven, qui souhaitait démontrer que certaines choses n'avaient pas beaucoup changé dans certains pays : « Je pense que chaque film doit être lié au présent, même les films historiques. Il est très compliqué de faire un film sur la façon dont la religion traite les femmes sans penser que cela n’a toujours pas changé. De plus, misogynie et religion font toujours bon ménage au XXIème siècle, donc le sujet n’a rien perdu de sa pertinence », s'insurge le cinéaste.

    La religion est dépeinte d'une manière très négative dans « Brimstone ». Martin Koolhoven s'en explique : « Je trouve que la religion n’a pas un impact très positif dans le monde d’aujourd’hui et je crois que cela se ressent dans le film. Mais je trouve trop simple de dire que le film s’attaque violemment à la religion car dans de nombreuses scènes, la religion est absente et les femmes sont traitées de façon terrifiante. Ce que le film exprime néanmoins, c’est à quel point il est facile de justifier ses actes (souvent misogynes) à travers les textes religieux. Le prêcheur est un personnage qui confond ses propres besoins avec ceux de Dieu. »

    Selon le réalisateur Martin Koolhoven, la violence fait partie du genre humain et ne doit pas être édulcorée : « Brimstone est un film qui parle de violence. Ou pour être plus exact : c’est une histoire sur les conséquences de la violence. C’est donc quelque chose dont je pouvais difficilement me détourner, et qu’il fallait assumer à l’écran (…) Dans les moments les plus violents, je choisis très souvent de ne pas montrer l’acte-même, mais de montrer plutôt l’effet que cela peut avoir sur les gens. Nous ne voyons pas la langue être coupée, mais plutôt le visage choqué de celui qui observe la scène ; nous ne voyons pas le viol, mais le sang sur le lit… Mais surtout : nous ne faisons jamais de la violence quelque chose de divertissant. La violence de ‘Brimstone’ doit être comme celle de notre monde : elle est dure à encaisser et ne doit être confortable pour personne. Je veux montrer un monde dans lequel la violence est inscrite dans la nature sauvage, dans la vie de tous les jours. Une violence omniprésente qui fait quasiment partie de l’ADN de notre monde. » explique le cinéaste.

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