france3.fr

Le Pitch Cinéma du 15 mars

Émission du 15/03/2017

Sommaire

  • 1

    Le Pitch Cinéma du 15 mars

    CHACUN SA VIE de Claude Lelouch 
    Avec Johnny Hallyday, Jean Dujardin, Béatrice Dalle, Éric Dupond-Moretti, Mathilde Seigner, Christopher Lambert, Liane Foly, Gérard Darmon, Julie Ferrier, Jean-Marie Bigard, Stéphane De Groodt et Elsa Zylberstein …

     

    Ils ne se connaissent pas, mais tous ont rendez-vous pour décider du sort d’un de leurs semblables. Avant d’être juges, avocats ou jurés, ils sont d’abord des femmes et des hommes au tournant de leurs existences, avec leurs rêves et leurs secrets, leurs espoirs et leurs limites, tous sous un même soleil, chacun avec sa part d’ombre. Dans une jolie ville de province, le temps d’un festival de jazz, la vie va jongler avec les destins...

    Claude Lelouch n'en est pas à son premier film choral. On se souvient notamment de « La Belle Histoire » ou « Les Uns et les Autres ». « Chacun sa vie » a également permis au réalisateur de retrouver de nombreux acteurs qu'il avait déjà dirigés, tels que Jean Dujardin, Elsa Zylberstein, Antoine Duléry, Francis Huster, Gérard Darmon...

    C'est en assistant à une plaidoirie d'Éric Dupond-Moretti que Claude Lelouch a eu l'idée de réaliser « Chacun sa vie ». En observant chacune des personnes présentes dans le tribunal, le cinéaste s'est imaginé leurs destins croisés et a souhaité les retranscrire dans un film : « J'ai regardé cette salle d'audience, ce concentré d'humanité et j'ai pris conscience que tous les gens présents avaient sans doute une histoire riche, des secrets, des regrets, des envies, des intérêts. Derrière chacun de ces visages, il y avait une vie entière qui les avait conduits là. J'ai soudainement voulu tout connaître d'eux. À défaut de pouvoir tout découvrir, j'ai eu envie de l'imaginer et de le raconter. ‘Chacun sa vie’ est né ainsi. » explique le cinéaste.

    Le tournage s'est concentré sur quatre semaines seulement. Claude Lelouch a profité de ce film pour l'utiliser comme matière première pour enseigner le cinéma aux treize étudiants des Ateliers du Cinéma, qu'il a lui-même créés. « À travers ‘Chacun sa vie’, j'avais le désir de montrer à mes apprentis tout ce que l'on peut faire avec une caméra et des acteurs. Parce que je voulais permettre à mes apprentis d'expérimenter la force du cinéma, j'ai d'abord envisagé ce film comme une démonstration des possibilités narratives qu'offre ce média incroyable. » raconte le réalisateur

    Selon Claude Lelouch, c'est précisément le mélange entre gens expérimentés et étudiants désireux d'apprendre qui fait la réussite de « Chacun sa vie » : « Le mélange entre les stars et ces débutants contribue à la magie et à la réalité dynamique du film. Ce sont ainsi des gens de 18 à 41 ans qui ont complètement participé à la fabrication de ‘Chacun sa vie’, de l'écriture au montage en passant par tous les postes, y compris devant la caméra. » confie le réalisateur

    Pour obtenir le meilleur de tous ses acteurs, Claude Lelouch n'hésitait pas à répéter chaque jour qu'ils s'apprêtaient à tourner la scène la plus importante du film. « À tous, je leur ai menti, et en même temps je leur ai dit la vérité, car à partir du moment où je disais à chacun : ‘Tu vas faire la meilleure séquence du film’, je leur plaçais la barre très haut. Je les ai obligés à sauter plus haut que d'habitude » s'enthousiasme le cinéaste.

     

    01:54 de Yan England 
    Avec Antoine Olivier Pilon, Sophie Nélisse et Lou-Pascal Tremblay.

     

     

    Mention spéciale du jury au 15ème Festival international du film indépendant de Rome + Prix du Jury junior au Festival de Namur + Prix du jury étudiant et du meilleur acteur au Festival d'Angoulême

    À 16 ans, Tim est un jeune homme timide, brillant, et doté d’un talent sportif naturel. Mais la pression qu’il subit le poussera jusque dans ses derniers retranchements, là où les limites humaines atteignent le point de non-retour.

    1:54 est le premier long-métrage de l'acteur/réalisateur/producteur/animateur de télé québecois Yan England. Auparavant, il avait réalisé 2 court-métrages : « Moi » et « Henry ». Ce dernier nominé aux Oscars lui a permis de faire une rencontre qui le poussera à aller plus loin. Le réalisateur raconte « Je vais à la fête qui suit la cérémonie, et là je vois celui qui a nourri mon imagination depuis l'enfance : Steven Spielberg. Alors je me plante pas loin de lui, et j'attends la fraction de seconde où il est seul. Je me lance : ‘Mr Spielberg ?’, je lui dis à quel point je l’adore, il m'écoute, m'interroge poliment sur mon court, et me dit : ‘Great ! Now, go make movies !’. Soudain, c'est comme s'il m'avait autorisé à franchir le pas. 

    Pour ce premier film, Yan England a décidé d’aborder un sujet sensible en dressant le portrait d'un garçon qui subit beaucoup de pressions, mais qui va se révolter et s'imposer par la course. Le cinéaste s’explique : « J'adore la jeunesse et j'ai le sentiment d'en être proche. J'ai été entraîneur de natation pour des groupes d'ado durant les vacances d'été. J'ai adoré leur montrer que leur performance ne dépend que d'eux, que seuls eux peuvent se fixer des limites. Je voyais aussi comment les enseignants avaient du mal à communiquer avec certains ados. Des parents ne comprennent pas pourquoi soudain leur ado de 16 ans pète un plomb, et ils n'arrivent pas à en savoir davantage (…) Avec ce film, je ne voulais aucunement être moralisateur. Je montre simplement qu’il n’y a pas de mode d’emploi. Chacun doit trouver son chemin. Tu ne peux pas dire à quelqu’un ‘fais ça’. À chacun son histoire. C’est ça qui est difficile. En même temps je crois que c’est la responsabilité des adultes et des professeurs de ne jamais renoncer à tenter de comprendre, pour faire tomber le silence. Je n'ai pas fait un film sur l'intimidation des ados. J'ai fait un film sur ce que c'est d'être ado, et comment chacun peut trouver en soi le courage d'occuper la place qui lui revient. »

    Le personnage de Tim est campé par Antoine-Olivier Pilon révélé dans « Mommy » de Xavier Dolan :  « J'ai toujours pensé qu'il me fallait Antoine Olivier Pilon pour le rôle. Lui, c’est une Formule 1. Il y a juste quelques ajustements à faire aux répétitions, et il s'ajuste à la perfection. »

    Quant à son rival dans le film, Yan England souhaitait un acteur très fort : « Un sale mec avec une gueule d'ange, car c'est plus dur quand ton ennemi est l'idole de l'école. Lou-Pascal Tremblay le fait avec beaucoup de douceur, de finesse. ». Pour plus de réalisme, le film a été tourné dans une vraie école et les acteurs ont travaillé avec une vraie équipe de courses : « Celle qu'on voit, les ‘Coriaces’, c'est le logo et le nom de l’équipe d’athlétisme dont j’ai fait partie pendant plusieurs années comme coureur. Les acteurs se sont entrainés avec mon coach. Ils ont participé au championnat provincial. Ils courent avec de vrais coureurs autour d'eux. Il fallait qu'on sente monter la pression du temps. » rajoute Yan England.

    Abordant le sujet du harcèlement à l'école, « 1:54 » est une oeuvre projetée dans de nombreuses classes au Canada : « Je suis content que les écoles voient le film parce que je sais que c’était le souhait des jeunes, des enseignants et des parents d’élèves que j’ai rencontrés depuis la sortie du film. J’ai reçu de nombreux témoignages depuis la sortie et j’ai pu constater à quel point  ‘1:54’  ouvre le dialogue (sur le problème de l’intimidation à l’école) », confie le réalisateur.

     

    ** BONUS **

     

    THE LOST CITY OF Z de James Gray 
    Avec Charlie Hunnam, Sienna Miller et Robert Pattinson

     

     

    L’histoire vraie de Percival Harrison Fawcett, un des plus grands explorateurs du XXe siècle. Percy Fawcett est un colonel britannique reconnu et un mari aimant. En 1906, alors qu’il s’apprête à devenir père, la Société géographique royale d'Angleterre lui propose de partir en Amazonie afin de cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie. Sur place, l’homme se prend de passion pour l’exploration et découvre des traces de ce qu’il pense être une cité perdue très ancienne. De retour en Angleterre, Fawcett n’a de cesse de penser à cette mystérieuse civilisation, tiraillé entre son amour pour sa famille et sa soif d’exploration et de gloire… 

    « The Lost City of Z » est l'adaptation cinématographique du roman éponyme écrit par David Grann. Le livre est lui-même inspiré des aventures du célèbre explorateur britannique Percy Fawcett qui a mystérieusement disparu dans la jungle brésilienne en cherchant à trouver une cité perdue datant de l'Atlantide.

    L'envie de réaliser ce film est née de plusieurs facteurs pour James Gray mais la raison la plus évidente provient de sa volonté de retranscrire à l'écran la soif de découverte de Percival Harrison Fawcett. Le metteur en scène confie : « Son rêve de découvrir une ancienne civilisation amazonienne lui a permis d'endurer d'inimaginables épreuves, le scepticisme de la communauté scientifique, de terribles trahisons et les longues années passées loin de sa famille. »

    « The Lost City of Z » évoque également le problème des classes ainsi que la difficulté de certains individus à trouver leur place au sein de la société. James Gray explique ainsi avoir été fasciné par les conflits intérieurs de Fawcett : « Outre ses désaccords avec la communauté scientifique et l’armée britannique, c’est également un homme en contradiction avec lui-même, tout à la fois ambitieux officier qui n’apprécie pas de se voir confier une mission en apparence obscure, père de famille dévoué et patriote devenu grand aventurier, et soldat méticuleux et pragmatique qui croit secrètement, et de manière quasi spirituelle, à l’existence de ‘The Lost City of Z’. »

    Le film a été tourné à Belfast ainsi qu'à Santa Marta en Colombie. Deux des principales difficultés du tournage au coeur de la forêt tropicale colombienne résidaient dans la forte présence de serpents et du virus de la dengue, anciennement appelé grippe tropicale ou fièvre rouge. Plus globalement, le tournage dans la jungle a été particulièrement difficile. Plusieurs incidents se sont en effet produits comme Charlie Hunnam (qui interprète le rôle du Colonel Percival Fawcett) se faisant ronger un tympan par un insecte, une montée des eaux soudaine ou encore la présence de crocodiles dans une rivière où une scène a été tournée. Un membre de l'équipe a même été mordu au cou par un serpent (dont il a survécu grâce à l’aide de quelqu'un qui lui a aspiré le venin).

    Comme il en a été question pour tous ses films, James Gray a filmé « The Lost City of Z » en 35 mm. Un choix délicat pour l'équipe se trouvant dans la jungle puisqu'elle devait envoyer par avion des pellicules à plusieurs milliers de kilomètres, pour qu'elles soient ensuite développées et montées, si bien que les rushs ne pouvaient être visionnés qu'une semaine plus tard.

     

    GRAVE de Julia Ducournau

    Avec Garance Marillier, Ella Rumpf et Rabah Naït Oufella

    Ce film est interdit en salles aux moins de 16 ans

     

     

    Grand Prix / Prix de la Critique au Festival du Film Fantastique Gérardmer 2017, Prix spécial Ciné + Frisson / Oeil d'Or du public au Paris International Fantastic Film Festival, Meilleur long métrage au Carnet Jove Jury Award / Citizen Kane Award / Méliès d'Argent au Festival International du Film de Catalogne de Sitges 2016, Octopus d'or / Prix du public au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg 2016, Prix du public - 3e place au Festival International du Film de Toronto 2016

    Présenté en séance de Minuit à Toronto, le film a quelque peu secoué les festivaliers. Selon Ryan Werner, qui s'occupe du marketing du film sur place, certains spectateurs se seraient évanouis lors de la projection ! La dernière fois que Werner a été confronté à cette situation, ce fut pour « Antichrist » de Lars Von Trier. 

    Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

    Premier long-métrage de cinéma pour Julia Ducournau qui avait auparavant réalisée un téléfilm « Mange » et un court-métrage « Junior » Déjà, la cinéaste traitait de métamorphose physique : « ‘Mange’, c’était l’histoire d’une ancienne obèse qui recroise la personne qui lui a pourri la vie au collège et veut se venger. ‘Junior’, c’est la mutation reptilienne d’une ado très garçon manqué en jeune fille. ‘Grave’ s’inscrit dans la continuité de mon court-métrage. Mes héroïnes portent d’ailleurs le même prénom, Justine et sont toutes les deux interprétées par Garance Marillier ».

    La réalisatrice raconte sa rencontre avec Garance Marillier et sa complicité avec la jeune comédienne : « J’ai rencontré Garance Marillier lors du casting de mon court-métrage, ‘Junior’. C’est sa mère qui nous a contactés. L’annonce était pourtant chargée. Je ne voulais surtout pas voir débarquer des petites filles toutes sages, j’avais donc insisté sur le côté masculin et brut du personnage. Elle est arrivée, timide, avec un physique de crevette, et puis quand elle s’est mise à jouer elle nous a tous assis par son charisme et sa force. Garance a un physique intéressant, qui tient à la fois de l’enfant et de la jeune adulte. Il y a une forme d’innocence et quelque chose d’inquiétant. C’est facile pour moi de me projeter en elle, car nous avons des caractères assez semblables. »

    Julia Ducournau a choisi de donner le prénom de Justine à son héroïne en référence au livre du Marquis de Sade, « Justine ou les malheurs de la vertu », l’histoire d’une jeune innocente qui devient un objet sexuel et va finir par y prendre du plaisir : « ‘Grave’ est centré autour de la construction d’une identité et d’une morale au sein d’un système perverti. Ma Justine va se construire par rapport à sa pulsion qui est une damnation familiale. Au contact de sa grande soeur, atteinte du même mal, elle va s’affirmer, se découvrir, accepter ou pas, sa différence » explique la réalisatrice.

    « Grave » possède une part autobiographique : « Ma mère est gynécologue, mon père, dermatologue et j’ai une grande soeur. Je sais, ça explique tout ! Pour autant, mes personnages ne ressemblent pas à ma famille. Depuis toute petite, j’ai entendu mes parents parler de médecine, sans tabou. J’avais mon nez fourré dans leurs livres. Je me souviens d’une photo d’un petit lépreux dont l’oreille a été recollée à l’aide de sangsues ! Cela a eu un double effet sur moi : si la mort, la décomposition étaient normalisées, je suis devenue hypocondriaque. J’ai beaucoup fantasmé sur la maladie. J’ai vu mon premier film d’horreur par hasard à 6 ans. Mes parents n’étaient bien-sûr pas au courant. J’ai réalisé plus tard que c’était ‘Massacre à la tronçonneuse.’ J’étais intriguée, pas du tout effrayée, comme préparée à cette imagerie. » précise la cinéaste.

Publicité