france3.fr

Le Pitch Cinéma du 8 mars

Émission du 08/03/2017

Sommaire

  • 1

    Le Pitch Cinéma du 8 mars

    MONSIEUR & MADAME ADELMAN de Nicolas Bedos

    Avec Doria Tillier et Nicolas Bedos

    Lorsque Sarah rencontre Victor en 1971, elle ne sait pas encore qu’ils vont traverser ensemble 45 ans d’une vie pleine de passion et de secrets, de chagrins et de surprises... L’odyssée d’un couple.

    « Monsieur & Madame Adelman » est né des improvisations que Doria Tillier et Nicolas Bedos s'amusaient à faire ensemble depuis des années pour exorciser leurs angoisses concernant l’avenir, la famille, la vieillesse, l’infidélité. Les deux comédiens ont alors fini par s'inventer toute une galerie de personnages assez monstrueux comme le mari atteint d’Alzheimer que sa femme manipule pour se venger des trahisons passées, le couple qui se débarrasse d’un de ses enfants pour relancer sa vie sexuelle, etc… Bedos se rappelle : « Un soir, Doria m’a dit qu’elle avait noté certaines de nos impros et que, selon elle, ça pouvait servir de base à l’écriture d’un film. On est partis de là, puis, très vite, on s’en est éloignés. On a tenté de constituer une sorte de matériau sociologique sur le couple – en notant des constantes chez nos amis, nos parents. Comme souvent, le film tire une ligne entre des problématiques personnelles, des fantasmes qui nous sont propres, et des considérations plus universelles. Étrangement, bien que le film s’étale sur 45 ans, la structure s’est imposée très vite et très naturellement. »

    Même si « Monsieur & Madame Adelman » n'est pas une autofiction, Nicolas Bedos confie tout de même que des souvenirs personnels ont nourri l'intrigue du film. À titre d'exemple, il n'a pas eu beaucoup de mal à faire la satire d’une certaine gauche dite « caviar » compte tenu du milieu dans lequel il a grandi. Il ajoute : « Mais le seul élément autobiographique fondamental, c’est sans doute cette tendance qu’ont Sarah et Victor à théâtraliser leur vie. Cette névrose ne nous est pas étrangère. »

    Avec ce film Nicolas Bedos et Doria Tillier ont cherché à tout prix à éviter l’idéalisme béat de la comédie romantique traditionnelle. « Non pas qu’on refuse le lyrisme, la tendresse, le mélodrame – au contraire, mon film est avant tout une grande histoire d’amour – mais, dans la vie, il n’est pas rare qu’un ‘je t’aime’ soit suivi d’un coup de griffe », note le premier.

    L'une des principales difficultés de tournage a consisté à rendre crédible le vieillissement des personnages principaux à l'écran. Nicolas Bedos a expérimenté, avec le spécialiste des effets spéciaux Guillaume Castagné, de nouvelles méthodes de pose et de nouvelles matières de prothèses. Ainsi, le cinéaste et Doria Tillier ont testé des dizaines de visages et de cous. Leur transformation physique durait chaque jour sept heures pour elle et six pour lui. Bedos se souvient : « Les prothèses étaient lourdes, les produits de maquillage irritants, surtout les enduits pour les mains, qui me desquamaient la peau. En plus, nous étions totalement infantilisés par les habilleuses qui, pour prévenir tout ripage sur nos ongles peints (comme nos dents), nous interdisaient beaucoup de gestes simples, comme celui d’ouvrir un bouton de chemise ou lacer nos chaussures ! »

    Compte tenu du fait qu'il s'agisse de son premier rôle au cinéma, Doria Tillier s’est réinscrite dans son ancien cours de théâtre pendant quelques mois et travaillait parallèlement avec un coach. Nicolas Bedos se rappelle : « Il faut dire que je me suis parfois montré très dur avec elle. Le paradoxe, c’est qu’on jouait souvent des scènes de séduction, or il n’y a rien de moins sexy qu’un réalisateur obsessionnel qui vous emmerde du matin jusqu’au soir ! Je savais que mon exigence la meurtrissait parfois mais je redoutais davantage qu’elle puisse un jour me reprocher de ne pas avoir tiré le maximum de ses capacités. »

     

    LES FIGURES DE L’OMBRE de Theodore Melfi

    Avec Taraji P. Henson, Octavia Spencer et Janelle Monáe.

    Le destin extraordinaire des trois scientifiques afro-américaines qui ont permis aux Etats-Unis de prendre la tête de la conquête spatiale, grâce à la mise en orbite de l’astronaute John Glenn.

    Meilleur ensemble d'acteurs au Screen Actors Guild Awards 2017

    Malgré les lois ségrégationnistes Jim Crow toujours en vigueur en Virginie, le laboratoire de Langley (Langley Memorial Research Lab), géré par ce qui deviendra la NASA, a engagé une équipe entière de femmes afro-américaines capables de réaliser des calculs extrêmement complexes bien avant l'arrivée des superordinateurs. Un grand nombre d'entre elles étaient professeurs de mathématiques. Bien que leur travail ait été indispensable, leur couleur de peau n'était pas oubliée - ces dernières mangeaient et travaillaient dans des locaux séparés situés dans une aile isolée de l’agence, le West Computing. Elles étaient également moins payées que leurs collègues blanches.

    L’écrivaine Margot Lee Shetterly, également productrice exécutive du film, s'est penchée sur le sort des femmes employées de la NASA. Alors que son propre père travaillait au sein de l'agence spatiale, elle a été stupéfaite que ces femmes ne soient pas plus connues. Le film s'inspire de son ouvrage, basé sur des entretiens, des recherches approfondies et des documents d’archives, qui raconte le quotidien extraordinaire de ces femmes partagées entre la révolution technologique à laquelle elles ont pris part et la ségrégation dont elles ont été victimes : « Ces femmes étaient d’une certaine manière invisibles, mais elles considéraient qu’elles avaient la chance d’exercer un métier qui leur plaisait - elles aimaient en effet s’attaquer à ces complexes problèmes mathématiques - et cela leur suffisait. Par le passé, les femmes étaient systématiquement écartées dans les milieux technologiquesNous avons cette image préconçue de l’astronaute et du scientifique et puisque ces femmes ne correspondaient pas au profil, les historiens les ont souvent oubliées » déclare l'auteur.

    Alors que son nom était évoqué pour réaliser « Spiderman », le réalisateur Theodore Melfi a préféré se consacrer aux « Figures de l'ombre ». Le cinéaste explique : « J’essaie de dire quotidiennement à mes filles qu’elles peuvent faire ce qu’elles veulent dans la vie si elles y mettent tout leur coeur et toute leur âme, et ça comprend les maths et les sciences. Je tiens à ce qu’elles sachent qu’elles ont de la valeur et qu’elles peuvent se créer une vie satisfaisante grâce à leur intellect. Ce film était l’occasion pour moi de rappeler aux jeunes filles qu’elles peuvent toutes aspirer à devenir des Katherine Johnson ».

    Parmi les producteurs du film, on peut retrouver Pharrell Williams, qui a également supervisé la musique du film. Le projet était particulièrement important pour lui : « Je suis fasciné par la NASA depuis l’enfance car j’ai grandi non loin de Langley. Cette histoire possédait donc tous les éléments pour me plaire car il y est question de science, de femmes hors du commun, de femmes afro-américaines, des années 60 et de l’espace. Il fallait absolument que j’y prenne part », déclare-t-il.

    La véritable Katherine Johnson, jouée à l'écran par Taraji P. Henson et aujourd’hui âgée de plus de 90 ans, se dit surprise par cette nouvelle fascination pour les accomplissements professionnels de ses collègues et elle-même. « Comme n’importe qui, je me suis contentée de faire de mon mieux, que ce soit au travail, dans ma famille ou au sein de ma communauté. Je n’ai fait que résoudre des problèmes qui devaient être résolus », confie-t-elle. Le travail de Katherine Johnson est aujourd'hui officiellement reconnu par la NASA. Un pôle de recherche informatique et de calcul portant son nom a été inauguré au Centre de recherche Langley le 5 mai 2016, jour du 55e anniversaire du vol historique d’Alan Shepard dans l’espace rendu possible par la mathématicienne.

    Pour s’assurer de l’exactitude des équations mathématiques du film et faire comprendre aux acteurs la manière dont réfléchissent les mathématiciens, l'équipe du film a fait appel au docteur Rudy L. Horne, professeur de mathématiques à Morehouse College, une université historiquement noire. Taraji Henson a elle-même passé beaucoup de temps à étudier avec le professeur Horne. L’actrice, qui voulait devenir ingénieur, a toutefois dû surmonter une peur des maths. Elle confie : « Ça a été difficile mais j’étais consciente que parmi les spectateurs il y aurait certainement des spécialistes des maths, il valait donc mieux que je ne fasse pas d’erreur ».

     

    CITOYEN D’HONNEUR de Mariano Cohn et Gastón Duprat

    Avec Oscar Martinez, Dady Brieva, Andrea Frigerio

    L’Argentin Daniel Mantovani, lauréat du Prix Nobel de littérature, vit en Europe depuis plus de trente ans. Alors qu'il refuse systématiquement les multiples sollicitations dont il est l’objet, il décide d'accepter l'invitation reçue de sa petite ville natale qui souhaite le faire citoyen d'honneur. Mais est-ce vraiment une bonne idée de revenir à Salas dont les habitants sont devenus à leur insu les personnages de ses romans ?

    Goya du Meilleur film étranger en langue espagnole aux Goya 2017

    Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine à la Mostra de Venise 2016

    La genèse du projet vient du scénariste Andrés Duprat : « Il nous a proposé à Mariano et moi de faire un film qui raconterait l’histoire d’une personnalité reconnue, en l’occurrence un écrivain, de retour dans son village natal après 40 ans d’absence. Nous avons tout de suite aimé cette idée. Nous savions qu’une trame comme celle-ci nous permettrait d’aborder différents sujets liés à la société argentine, mais aussi de mettre en lumière ces mécanismes si particuliers qui sont à l’oeuvre dans une petite ville confrontée à la célébrité de l’un des siens » raconte le réalisateur Gastón.

    Les auteurs de « Citoyen d'honneur », Mariano Cohn et Gastón Duprat, ont choisi de situer leur film dans une petite ville loin de Buenos Aires, Salas. Ils s'en expliquent : « Cette ville est forcément moins cosmopolite et plus fermée. Du coup, c’est l’endroit parfait pour raconter une histoire comme celle de ‘Citoyen d'honneur’, où le retour du prodige local provoque énormément de tensions. Ce décalage entre les habitants et l’artiste, auquel s’ajoute le comportement parfois déplacé de celui-ci, contribue à la vague de mécontentement qui balaie la ville. Nous aimions aussi que le film vienne contredire la vision un peu « cliché » que les lecteurs européens peuvent avoir d’une petite ville latino-américaine. »

    Les deux cinéastes ont décidé de faire éditer en librairie l'oeuvre fictive de Daniel Mantovani, le personnage principal de Citoyen d'honneur : « Le film ne montre jamais Daniel Mantovani en train d’écrire, du coup nous avons eu envie de savoir ce que pouvait réellement valoir son travail. Nous avons décidé, en collaboration avec ‘Random House Mondadori’, de faire éditer un roman du faux Prix Nobel argentin de littérature. Il a fallu d’abord déterminer ce que le livre allait raconter et ensuite le style d’écriture à adopter. La rédaction a été confiée à un écrivain connu, et bien réel lui, qui a néanmoins gardé l’anonymat. L’idée est maintenant de publier les sept autres romans de Daniel Mantovani », déclare Gastón Duprat.

    « Citoyen d'honneur » est à ce jour le 4ème plus gros film argentin de l’année 2016 avec 600.000 entrées. Il a déjà dépassé le score d’ « Inséparables », le remake local d’ « Intouchables », porté d’ailleurs par Oscar Martínez qui campe dans ce dernier le rôle tenu par François Cluzet.

     

    LE SECRET DE LA CHAMBRE NOIRE de Kiyoshi Kurosawa

    Avec Tahar Rahim, Constance Rousseau et Olivier Gourmet

    Stéphane, ancien photographe de mode, vit seul avec sa fille qu'il retient auprès de lui dans leur propriété de banlieue. Chaque jour, elle devient son modèle pour de longues séances de pose devant l'objectif, toujours plus éprouvantes. Quand Jean, un nouvel assistant novice, pénètre dans cet univers obscur et dangereux, il réalise peu à peu qu'il va devoir sauver Marie de cette emprise toxique.

    Kiyoshi Kurosawa a choisi de tourner ce long métrage en France au début de l'année 2015, avec des acteurs français : « C’est un rêve qui se réalise, je ne pensais pas avoir l’occasion un jour de tourner en France. C’est d’ailleurs le rêve de tout réalisateur japonais de pouvoir travailler en France ou aux USA. Le hasard a voulu que par chance, je puisse réaliser un film en France et je ne peux que m’en réjouir. Durant le tournage, ce qui m’a marqué reste le fait qu’il n’y a pas du tout de différence entre le Japon et la France, l’équipe était très sensible à mes volontés artistiques et faisait tout pour me satisfaire en ce sens et j’en suis très heureux. Idéalement, j’aimerais beaucoup alterner des tournages en France et au Japon », a déclaré le metteur en scène.

    L'idée du film est venue à Kiyoshi Kurosawa après avoir vu une exposition au Japon sur les débuts de la photographie : « La première chose qui a attiré mon attention est la prise de vue d’une rue déserte de Paris, vieille de presque deux cents ans. Pourquoi cette rue était-elle déserte ? Simplement parce que si l’on effectue une prise de vue avec un temps d’exposition long de plusieurs dizaines de minutes, tout ce qui bouge disparaît de l’image. Par ailleurs, bien qu’il fût en noir et blanc, la précision de ce cliché était surprenante et surpassait celle des photographies numériques d’aujourd’hui. Un court instant, j’ai eu la vision d’un futur proche, une ville habitée par la mort.  Je suis resté médusé devant l’image qui était exposée ensuite. C’était le portrait d’une jeune fille. Son visage avait une expression étrange, dont il était difficile de dire si elle relevait de la douleur ou de l’extase. C’était là encore dû au temps de pose ; le dos de la jeune fille était attaché afin que son corps soit maintenu absolument immobile. L’appareil qui avait servi pour tenir la pose était lui aussi exposé à côté de la photographie », se souvient le cinéaste.

    Dans « Le Secret de la chambre noire », Olivier Gourmet incarne un photographe passionné par le daguerréotype. Il s'agit d'un procédé photographique inventé par Louis Daguerre en 1837. Le daguerréotype produit une image sans négatif sur une surface d'argent pur, polie comme un miroir et exposée directement à la lumière. La grande particularité de cette technique est qu'elle raccourcit considérablement le temps de pose, passant de plusieurs heures à quelques dizaines de minutes. Daguerre, qui a grandement fait avancer la technologie de développement des photographies, a été un temps considéré comme l'inventeur de la photo avant que la paternité réelle de l'invention ne soit rendue à Joseph Nicéphore Niépce.

    C'est la jeune comédienne Constance Rousseau qui tient le rôle principal du film. L'actrice devait porter une sorte d'armature assez oppressante pour les scènes où elle se fait photographier via un daguerréotype. Cette technique demande en effet un immobilisme total.

    Kiyoshi Kurosawa est hanté par la figure du fantôme, très présente dans nombre de ses films. C'est également le cas dans « Le Secret de la chambre noire » : « Par l’intermédiaire du daguerréotype, j’ai compris que l’apparition d’un fantôme ne devait pas forcément être fondée sur la relation traditionnelle tuer/être tué, et qu’il était tout à fait possible de l’envisager dans les termes photographier/être photographié », confie le cinéaste japonais.

    Il explique sa fascination pour la figure du fantôme : « S’il y a souvent des fantômes dans mes films, c’est parce qu’ils sont une représentation de la mort aisément compréhensible, et qu’ils permettent de rendre le passé visible dans le présent. Mais il est aussi vrai que j’ai du mal à croire que les morts soient totalement dénués de substance et n’aient aucune relation avec nous autres vivants » explique le réalisateur.

Publicité